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CC.
Ce qu'on laisse en partant
Septembre 2031Le sac est dans le coffre. La maison louée a été nettoyée, les volets rabattus, la clé déposée sur la table de l'entrée comme convenu.
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CXCIX.
Le sentiment que tout est bien
Août 2031Un samedi de juin, vers cinq heures. Le bruit d'une tondeuse à deux jardins.
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CXCVIII.
Compter ce qui reste
Juillet 2031Dans le placard à provisions, ce matin, je vérifie.
-
CXCVII.
Les regrets sans amertume
Juin 2031Le rendez-vous, à Lisbonne, en octobre 1996, où j'aurais dû aller et où je ne suis pas allé.
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CXCVI.
Ce qu'on apprend tard
Juin 2031J'ai appris à laver une casserole en métal sans la rayer à cinquante-deux ans.
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CXCV.
Ce qu'on ne fera plus
Mai 2031Apprendre une langue vivante en partant du début. Traverser à pied l'Italie du nord.
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CXCIV.
L'enfant qu'on a été, vu de loin
Mai 2031Une photographie, à huit ans, prise dans la cour de l'école.
-
CXCIII.
Un détail revenu trente ans après
14 mai 2031Ce matin, en versant le café, je me suis rappelé que la cuisine de la maison de vacances avait, au-dessus de l'évier, un petit carreau de faïence bleue représentant un voilier.
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CXCII.
Les années qu'on n'arrive pas à dater
Avril 2031Un événement précis — un dîner, un voyage, un changement de travail. Je le situe quelque part entre 2011 et 2014.
-
CXCI.
Une saison qui ne ressemble à aucune autre
Avril 2031L'hiver 1985 a été d'une douceur que personne, dans la famille, ne s'expliquait.
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CXC.
Les promesses tenues sans le savoir
Avril 2031À vingt ans, je m'étais promis de toujours pouvoir loger un ami de passage.
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CLXXXIX.
Les phrases qu'on a dites sans y penser
Mars 2031Une jeune femme, croisée au mariage d'un cousin, m'a remercié d'une phrase que je lui avais dite il y a vingt ans, à la sortie d'un magasin de musique.
-
CLXXXVIII.
Se relire
Mars 2031Une lettre écrite il y a quatre ans, retrouvée dans un brouillon de tiroir.
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CLXXXVII.
Sa propre écriture, vue après dix ans
Février 2031Un carnet rouvert au hasard. Une page entière de mon écriture, datée de 2020.
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CLXXXVI.
Les voisins qu'on a fini par aimer
Février 2031Le couple du deuxième nous a, pendant cinq ans, profondément agacés.
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CLXXXV.
Les vieilles brouilles oubliées
Février 2031Un cousin, à un repas de famille, prononce un nom.
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CLXXXIV.
Les amis qu'on a cessé d'être
Janvier 2031Il existe, à côté des amis qu'on a perdus, ceux qu'on a cessé d'être.
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CLXXXIII.
Les conversations recommencées tous les dix ans
Janvier 2031Il vient dîner pour la première fois depuis 2018.
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CLXXXII.
Les amitiés qui ne pèsent pas
Janvier 2031Une carte postale arrive, à Noël, sans cérémonie : trois lignes, un dessin d'enfant en surcharge, l'écriture penchée d'un ami que je vois deux fois par an.
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CLXXXI.
Ce qu'on ne dit pas à ses parents
Décembre 2030Au téléphone, on raconte ce qui va.
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CLXXX.
Pardonner sans le dire
Décembre 2030Quelqu'un, deux ans plus tôt, a fait une chose qui m'avait blessé.
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CLXXIX.
Recevoir un compliment maladroit
Décembre 2030Un voisin, dans l'escalier, me dit qu'il a vu, par hasard, un texte que j'avais écrit.
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CLXXVIII.
Se taire au bon moment
Décembre 2030Quelqu'un, à table, raconte une histoire qui touche à un sujet douloureux.
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CLXXVII.
S'asseoir là où l'on n'avait pas prévu de s'asseoir
Novembre 2030On allait au café d'angle, comme d'habitude. Il était fermé.
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CLXXVI.
Le moment où l'on accepte d'être en retard
Novembre 2030On avait calculé vingt-cinq minutes pour faire le trajet.
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CLXXV.
Le moment où l'on comprend qu'on est perdu
Novembre 2030On marchait depuis vingt minutes dans une ville qu'on connaît mal, en suivant une indication entendue à moitié.
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CLXXIV.
Une conversation entendue sans le vouloir
Novembre 2030Dans le train, deux dames sont assises derrière moi.
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CLXXIII.
Croiser un ancien camarade
Octobre 2030Sur le marché, un samedi matin, devant l'étal du poissonnier.
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CLXXII.
Reconnaître un visage dans la foule
Octobre 2030Sur le quai du métro, à six heures du soir, un visage qui sort un instant du flot.
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CLXXI.
Manquer un train de peu
Septembre 2030On débouche sur le quai. Le train est encore là, portes fermées.
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CLXX.
Les sonneries d'autrefois
Septembre 2030La sonnette de la maison de mes grands-parents avait deux notes — un ding-dong franc, métallique, qui résonnait dans tout le couloir.
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CLXIX.
Les serrures rétives
Août 2030On glisse la clé. On tourne. Rien ne vient.
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CLXVIII.
Les portes qui ferment mal
Août 2030La porte de la cuisine, depuis deux ans, ne ferme plus tout à fait.
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CLXVII.
Les vieilles tapisseries
Juillet 2030Le papier peint de la chambre, dans la maison de mon enfance, représentait des bouquets de lilas reliés par des rubans bleus.
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CLXVI.
Les murs blancs
Juillet 2030Un mur peint en blanc, sans rien dessus, dans la chambre du fond.
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CLXV.
Les seuils
Juillet 2030Le seuil de la porte d'entrée est en pierre, usé en son milieu par les pas.
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CLXIV.
Les escaliers qu'on monte lentement
Juin 2030Quatre étages, sans ascenseur, dans un vieil immeuble parisien.
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CLXIII.
Le coin de table où l'on travaille
Juin 2030Quarante centimètres sur cinquante. Une lampe de fonte verte, un encrier vide qui sert à poser le stylo, un cahier ouvert, une tasse à demi vide.
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CLXII.
Les fenêtres devant lesquelles on s'arrête
Mai 2030Celle du palier, qui donne sur les toits.
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CLXI.
Les places assignées dans les maisons
Mai 2030À table, chacun a sa place. Ce n'est pas marqué ; aucun papier ne le dit.
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CLX.
Les bijoux qu'on ne porte plus
Avril 2030Dans la boîte en bois marquetée, au fond du tiroir de la commode, une dizaine de chaînes mêlées dont aucune ne se trouve facile à démêler.
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CLIX.
Les outils du grand-père
Avril 2030Dans la caisse en bois, en bas de la cave, des outils qu'il avait.
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CLVIII.
Les meubles d'avant
Avril 2030Le buffet en chêne sombre, dans la salle à manger, vient de chez les parents.
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CLVII.
Les vêtements qu'on ne portera plus
Mars 2030Le costume bleu nuit, à fines rayures, plié sur un cintre au fond du placard.
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CLVI.
Les choses qu'on n'ose pas jeter
Mars 2030Une vis sans pareille, gardée depuis un déménagement, on ne sait plus de quel meuble elle a été retirée.
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CLV.
Les héritages encombrants
Février 2030Une armoire normande, trois mètres de haut, deux portes massives à panneaux sculptés.
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CLIV.
Ce qu'on garde par fidélité
Février 2030Le pull est trop large depuis quinze ans. Le col est détendu, la laine a bouloché.
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CLIII.
Les objets prêtés et jamais rendus
Février 2030Je me rappelle d'une scie, prêtée à un voisin pour deux jours, en 2014.
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CLII.
Ce qu'on emporte par mégarde
Janvier 2030On rentre chez soi, on vide les poches sur la commode.
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CLI.
Les choses qu'on tient sans s'en rendre compte
Janvier 2030On s'aperçoit, en arrivant à la cuisine, qu'on a, depuis le couloir, gardé serré dans la main gauche le morceau de papier qu'on avait pris sur la commode.
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CL.
Les vieux postes de radio
Décembre 2029Sur le buffet de la cuisine, un poste en bakélite brune, le cadran vitré jauni, deux boutons ronds en métal.
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CXLIX.
Les cahiers de cuisine manuscrits
Décembre 2029Un cahier d'écolier à couverture noire, attaché par un élastique fatigué.
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CXLVIII.
Les cartes postales reçues
Novembre 2029Sur la table de l'entrée, glissée entre une enveloppe administrative et un prospectus, une carte postale.
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CXLVII.
Allumer une bougie
Novembre 2029On craque une allumette. On approche la flamme de la mèche, on attend une seconde qu'elle prenne.
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CXLVI.
Fermer les volets
Octobre 2029Le soir, vers sept heures en hiver, on fait le tour des fenêtres.
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CXLV.
Suspendre du linge
Octobre 2029Le panier de linge mouillé, lourd, posé près du fil.
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CXLIV.
Entretenir un feu
Septembre 2029Une bûche bien placée tient deux heures sans qu'on s'en occupe.
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CXLIII.
Arroser les plantes
Septembre 2029On remplit le petit arrosoir en zinc au robinet de la cuisine.
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CXLII.
Plier des draps
Août 2029Le drap sort de la machine, encore tiède, déjà presque sec.
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CXLI.
Cirer ses chaussures
Août 2029On étale un vieux journal sur le carrelage. On sort la boîte ronde en métal, le chiffon doux, la brosse à poil rude.
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CXL.
Affûter un couteau
Août 2029La pierre est posée sur l'évier, légèrement inclinée. On la mouille d'un filet d'eau.
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CXXXIX.
Les odeurs qui ramènent
Juillet 2029On passe devant une porte d'immeuble, et l'odeur du couloir nous arrête.
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CXXXVIII.
Les repas d'enfance
Juillet 2029Le jeudi midi, à la maison de mes grands-parents, c'était presque toujours un rôti de veau aux pommes de terre fondantes.
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CXXXVII.
Les maisons où l'on a grandi
Juin 2029La maison de la rue Lavoisier, où nous avons habité de mes trois à mes onze ans.
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CXXXVI.
La voix d'un disparu
Juin 2029On entend, dans une rue, derrière une porte cochère, une voix qui ressemble.
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CXXXV.
Ceux qu'on a cessé de voir
Juin 2029Il y a, dans une vie, une douzaine de personnes qu'on a vues souvent, puis moins, puis plus du tout.
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CXXXIV.
Les lettres qu'on aurait dû écrire
Mai 2029La lettre de remerciement, jamais envoyée, au professeur qui m'avait défendu en classe de troisième.
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CXXXIII.
Les lettres qu'on a gardées
Mai 2029Au fond d'un tiroir, une chemise en carton beige nouée d'un ruban.
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CXXXII.
Le visage qu'on n'arrive plus à voir
Avril 2029On ferme les yeux pour la convoquer.
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CXXXI.
Les chansons qu'on ne parvient pas à situer
Avril 2029Quelques notes, dans une rue, par la fenêtre ouverte d'une cuisine d'un premier étage.
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CXXX.
Les numéros de téléphone appris par cœur
Mars 2029Je me souviens encore, intacts, du numéro de mes parents à six chiffres, de celui de mon meilleur ami d'enfance, de celui de la maison de vacances à huit chiffres avec l'indicatif.
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CXXIX.
Le dernier jour des vacances
Mars 2029Le sac est déjà à demi fait. La maison louée a perdu, en deux heures, l'apparence qu'elle avait prise.
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CXXVIII.
Le premier jour des vacances
Mars 2029On a posé les valises dans la maison louée. On a ouvert tous les volets.
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CXXVII.
Un jour de semaine sans travail
Février 2029Mardi matin, neuf heures. On est chez soi, en pyjama, devant un café.
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CXXVI.
Le jour le plus long
Février 2029À dix heures du soir, le ciel garde encore une lumière bleue qui refuse de s'éteindre.
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CXXV.
Le jour le plus court
Février 2029Le 21 décembre, à quatre heures et quart, on allume déjà la lampe du salon.
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CXXIV.
Les heures avant l'aube
Janvier 2029Cinq heures du matin, la rue est encore noire.
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CXXIII.
Le lendemain d'une fête
Janvier 2029Onze heures du matin, la cuisine porte encore les traces.
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CXXII.
La semaine entre Noël et janvier
Décembre 2028Le 26 au matin, la maison est encore un peu en désordre.
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CXXI.
Les chambres qu'on a louées
Décembre 2028La chambre de la rue Pasteur, à vingt ans, avec son papier peint à grosses fleurs jaunes.
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CXX.
Les cuisines des autres
Novembre 2028On entre dans la cuisine d'un ami pour aider à porter les plats. Elle ne ressemble pas à la nôtre.
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CXIX.
Les cabanons de jardin
Novembre 2028Au fond du jardin, contre la haie, une petite construction de bois peinte d'un vert qui passe.
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CXVIII.
Les caves
Novembre 2028On descend les six marches de pierre.
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CXVII.
Les greniers
Octobre 2028On tire la trappe au plafond. L'échelle se déplie d'un mouvement sec.
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CXVI.
La chambre du fond
Octobre 2028Au bout du couloir, la dernière porte. On l'ouvre rarement.
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CXV.
Les maisons qu'on longe en voiture
Octobre 2028Sur la départementale, à la sortie d'un virage, une maison apparaît à droite, plantée contre la route.
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CXIV.
Les maisons vides
Septembre 2028Au bout du village, une maison aux volets fermés depuis deux ans.
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CXIII.
Les orages d'été
Septembre 2028Le ciel, à cinq heures, s'est éteint d'un coup.
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CXII.
Les dernières hirondelles
Septembre 2028On lève les yeux vers le fil électrique au-dessus de la cour.
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CXI.
Les premières guêpes
Août 2028Sur la table dehors, près de la confiture, l'une d'elles tourne.
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CX.
La lumière de février
Août 2028À la mi-février, vers trois heures, le soleil entre par la fenêtre sud et tombe sur le carrelage de la cuisine.
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CIX.
Le ciel de janvier
Août 2028Le ciel de janvier a la couleur du zinc fatigué.
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CVIII.
L'odeur de l'automne
Août 2028On sort, un matin, et l'odeur est là.
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CVII.
Le vent par les fenêtres ouvertes
Juillet 2028Un courant traverse la pièce, d'une fenêtre à l'autre.
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CVI.
Le matin où l'on ressort le manteau
Juillet 2028On ouvre l'armoire, on glisse la main au fond du rayon, on en sort le manteau de laine qui n'avait pas servi depuis avril.
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CV.
Le jour où les feuilles tournent
Juillet 2028On lève les yeux vers l'érable du jardin et l'on s'aperçoit qu'une branche, sur le côté, a viré au jaune.
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CIV.
Le premier jour vraiment chaud
Juin 2028Au matin, déjà, on s'aperçoit que la fenêtre laisse entrer un air différent.
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CIII.
Le souvenir de l'auto-stop
Juin 2028Bord de nationale, fin d'après-midi, pouce tendu.
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CII.
Les voitures arrêtées sur les routes
Juin 2028Sur le bas-côté d'une départementale, une voiture s'est rangée.
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CI.
Les autocars de campagne
Mai 2028L'autocar bleu de la ligne 14 s'arrête au croisement, soulève un peu de poussière.
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C.
Les aéroports de province
Mai 2028Un hall bas, six comptoirs d'enregistrement, dont deux ouverts.
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XCIX.
Les petits bateaux côtiers
Mai 2028Au bout du quai, une coque blanche à liseré bleu, dix mètres à peine, qui sent le gasoil et l'eau salée.
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XCVIII.
Les gares qu'on traverse sans s'arrêter
Avril 2028Le train ne ralentit pas. Le quai, vu de l'intérieur du wagon, file en une bande grise.
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XCVII.
Rentrer chez soi en train
Avril 2028Le voyage du retour ne ressemble pas à celui de l'aller.
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XCVI.
Les trains de nuit
Mars 2028Le compartiment sent la moquette tiède et le métal.
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XCV.
Les livres perdus
Mars 2028Un livre prêté à quelqu'un — qui ? on ne sait plus — et qui n'est jamais revenu.
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XCIV.
Les livres jamais finis
Février 2028Un marque-page glissé à la page 187. C'est là qu'on s'est arrêté.
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XCIII.
Les livres lus au mauvais âge
Février 2028À quinze ans, j'ai lu un livre qu'on m'avait beaucoup recommandé, et qui parle des regrets d'un homme de soixante.
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XCII.
Les marque-pages oubliés
Janvier 2028On rouvre un livre lu il y a quinze ans. Entre la page 134 et 135, un ticket de métro plié, daté d'un mardi d'octobre.
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XCI.
La première page d'un carnet neuf
Janvier 2028On ouvre le carnet à l'endroit où la reliure cède le plus facilement.
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XC.
Les vieux dictionnaires
Décembre 2027L'édition de 1929, en deux volumes, repose sur la tablette basse de la bibliothèque.
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LXXXIX.
Les livres oubliés sur un banc
Décembre 2027Un livre de poche, posé sur le banc d'un square, signet à la moitié.
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LXXXVIII.
Les annotations dans les marges
Novembre 2027Une main, autrefois, a souligné cette phrase au crayon.
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LXXXVII.
Écouter les autres manger
Novembre 2027Salle de restaurant, treize heures. À la table voisine, deux dames âgées s'entretiennent à mi-voix.
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LXXXVI.
Poster une lettre
Octobre 2027On glisse l'enveloppe par la fente, on entend, en bas du caisson, le bruit léger du papier qui tombe sur les autres lettres déjà déposées.
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LXXXV.
Faire un lit d'hôtel
Octobre 2027La femme de chambre pousse la porte d'un coup d'épaule, le chariot derrière elle.
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LXXXIV.
Acheter des fleurs pour personne
Septembre 2027Trois tulipes rouges, un peu d'eucalyptus pour le contraste.
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LXXXIII.
Manger seul au restaurant
Septembre 2027On entre, on dit le chiffre : un.
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LXXXII.
Faire ses adieux sur un quai
Août 2027Le train est annoncé dans neuf minutes.
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LXXXI.
Retourner dans un lieu aimé
Août 2027La rue s'ouvre à l'angle de la place exactement comme on l'avait laissée.
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LXXX.
Acheter un seul croissant
Juillet 2027Devant la boulangerie, on hésite. Deux suffiraient pour le petit-déjeuner.
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LXXIX.
Marcher la même rue à des heures différentes
Juillet 2027Cette rue, je la prends à sept heures du matin pour aller chercher le pain.
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LXXVIII.
Regarder de vieilles photographies
Juin 2027Une boîte à chaussures, deux ou trois enveloppes en kraft.
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LXXVII.
Écrire une lettre qu'on n'enverra pas
Juin 2027Une feuille blanche, un stylo, le nom du destinataire en haut à gauche.
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LXXVI.
Préparer du thé
Mai 2027On remplit la bouilloire à moitié, on la pose sur le feu.
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LXXV.
La lumière sur la poussière
Mai 2027Un rai de soleil tombe en biais dans la pièce, par la fente d'un volet, et révèle d'un coup une foule de particules en suspension.
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LXXIV.
L'odeur des maisons d'enfance
Avril 2027On pousse la porte de la maison où l'on n'a pas mis les pieds depuis quinze ans.
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LXXIII.
Le goût du pain en fin de journée
Avril 2027Six heures du soir. La baguette achetée le matin attend sur la table, à demi recouverte d'un torchon.
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LXXII.
Les planchers qui parlent
Mars 2027Une latte craque sous le pied, à mi-chemin entre la porte et la table.
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LXXI.
La pierre fraîche en été
Mars 2027Trois heures de l'après-midi, on pousse la porte de l'église.
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LXX.
L'odeur des vieux livres
Février 2027On ouvre un volume qui n'a pas servi depuis vingt ans.
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LXIX.
Le goût de l'eau du robinet ailleurs
Février 2027On remplit un verre au lavabo d'une chambre louée pour une nuit.
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LXVIII.
La lumière à travers les vieux rideaux
Janvier 2027Le rideau est en lin grège, taché par le temps de petits points jaunes.
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LXVII.
Le bruit des trains lointains
Janvier 2027La nuit, par la fenêtre ouverte, on entend rouler un train qu'on ne voit pas.
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LXVI.
L'odeur de la pluie sur la pierre chaude
Décembre 2026Les premières gouttes tombent, espacées, sur les dalles d'une place restée brûlante depuis midi.
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LXV.
Les voyageurs qui dorment
Décembre 2026La femme en imperméable beige a posé sa tête contre la vitre, à la hauteur du chiffre de la place.
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LXIV.
Les commerçants qui ferment boutique
Novembre 2026Un papier scotché derrière la vitre, écrit à la main, en lettres soignées : après trente-deux ans, nous remercions notre clientèle.
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LXIII.
Les passants qui demandent leur chemin
Novembre 2026Une femme s'arrête au feu, sourit poliment, demande la rue Bossuet.
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LXII.
Les voisins qu'on ne salue pas
Octobre 2026Le monsieur du quatrième droite passe dans le couloir au moment où je sors les poubelles.
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LXI.
Les femmes qui tricotent dans le train
Octobre 2026Sur la banquette d'en face, deux aiguilles d'acier croisent un fil de laine bleu nuit.
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LX.
Les vieux qui regardent passer les autos
Septembre 2026Sur le banc devant l'épicerie, deux hommes en casquette, assis très droit, jambes tendues, les mains posées à plat sur les genoux.
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LIX.
Les voix derrière les cloisons
Septembre 2026De l'autre côté du mur, une conversation.
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LVIII.
Ceux qui sifflent dans la rue
Septembre 2026Un homme passe sous la fenêtre, en sifflotant un air léger qui ne ressemble à aucun air précis.
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LVII.
Les libraires sans prétention
Août 2026Une boutique étroite, trois piles de livres sur le comptoir, une chaise dépaillée pour le client qui veut s'asseoir.
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LVI.
Les facteurs de campagne
Août 2026La camionnette jaune s'arrête au bord du chemin, deux roues sur le bas-côté herbeux.
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LV.
Le veilleur de nuit des petits hôtels
Juillet 2026Trois heures du matin, un homme en gilet gris assis derrière le comptoir, sous une lampe d'architecte.
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LIV.
Les concierges
Juillet 2026Derrière la vitre, une lampe basse, un transistor qu'elle écoute en sourdine, un cahier d'écolier ouvert sur la table.
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LIII.
Les inconnus qui lisent dans le métro
Juin 2026Une femme, debout contre la porte du wagon, tient un livre de poche replié sur lui-même, dos cassé, comme on l'aurait fait pour gagner une main.
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LII.
Les enfants seuls dans les salles d'attente
Juin 2026Sur la chaise du fond, un garçon de huit ans, jambes pendantes.
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LI.
Les vieux couples au restaurant
Juin 2026Une table près de la fenêtre, à midi pile.
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L.
La lenteur retrouvée
Mai 2026On marche, ce matin, plus lentement qu'on n'a marché toute la semaine.
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XLIX.
La nostalgie des lieux qu'on n'a pas connus
Mai 2026Une photographie, en noir et blanc, accrochée dans le couloir d'une maison amie : un café, dans une ville inconnue, à une époque qui n'est pas la nôtre.
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XLVIII.
La patience comme art mineur
Mai 2026Une cuillère à la main, on attend que l'eau dans la casserole arrive à frémir.
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XLVII.
L'oubli des prénoms
Mai 2026On croise quelqu'un dans la rue. Le visage est familier — on l'a connu, c'est sûr.
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XLVI.
L'attente, sans objet
Mai 2026Cinq heures de l'après-midi, assis à la fenêtre. On n'attend personne.
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XLV.
La fatigue heureuse
Mai 2026Sept heures du soir, on s'assied sur la chaise de l'entrée, le dos contre le mur.
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XLIV.
L'ennui des dimanches d'enfance
Mai 2026Trois heures de l'après-midi, le salon plongé dans une demi-pénombre que les volets entrouverts laissaient durer toute la journée.
-
XLIII.
Le bruit de la pluie sur les toits
Mai 2026Quelques gouttes d'abord, espacées, puis un crépitement plus serré sur la tôle de la lucarne.
-
XLII.
Le silence du matin
Avril 2026Six heures et demie, l'eau du thé chauffe sur le réchaud, et c'est le seul bruit.
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XLI.
Dormir loin de chez soi
Avril 2026L'oreiller n'a pas la forme du sien. Le drap est plus rugueux.
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XL.
Lire dans un train
Avril 2026Le wagon vibre légèrement, à intervalles réguliers, sur les joints des rails.
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XXXIX.
Apprendre un poème par cœur
Avril 2026Le livre est posé à plat sur la table, ouvert à la page choisie.
-
XXXVIII.
Prendre des notes au crayon
Mars 2026Dans la marge d'un livre, le trait fin d'un crayon souligne une phrase.
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XXXVII.
Attendre sur un quai
Mars 2026Le train arrive dans onze minutes. On a posé son sac contre le pilier.
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XXXVI.
Relire un livre déjà aimé
Mars 2026La couverture est un peu fanée, les coins arrondis, le dos plissé d'un trait blanc à la hauteur du tiers.
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XXXV.
Ranger une bibliothèque
Mars 2026On a commencé par vouloir dépoussiérer la tablette du haut.
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II.
Petit éloge des cafés vides
Mars 2026Les cafés bondés font la réputation des villes ; les cafés vides, eux, en font la mémoire.
-
XXXIV.
Faire ses bagages la veille
Février 2026La valise est ouverte sur le lit défait. On y dépose, un par un, les vêtements pliés.
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XXXIII.
Écrire à la main
Février 2026Le stylo glisse sur la page avec un bruit très fin, presque inaudible, qu'on n'entend que dans un grand silence.
-
I.
Sur l'usage des cartes
Février 2026Il y a, dans le geste de déplier une carte, quelque chose qui résiste obstinément à l'époque.
-
XXXII.
Marcher sans but
Janvier 2026On sort de chez soi sans plan précis. On tourne à droite parce que la rue à gauche est trop droite.
-
XXXI.
Les soirées sans rendez-vous
Janvier 2026Sept heures, l'agenda ne porte aucune mention. Personne n'attend nulle part.
-
XXX.
Les longues attentes en gare
Janvier 2026Le train ne partira pas avant une heure et demie. La salle d'attente sent le café tiède et le carrelage humide.
-
XXIX.
L'heure bleue
Décembre 2025Le soleil est tombé depuis vingt minutes, et la rue, en bas, baigne dans un bleu qu'aucune peinture ne sait imiter.
-
XXVIII.
Les matins gris
Décembre 2025Ni pluie franche, ni soleil : une lumière égale et sans ombre, qui semble venir de partout à la fois.
-
XXVII.
Les nuits sans sommeil
Novembre 2025Trois heures du matin, le radiateur cliquette, on entend le frigo qui ronronne au loin.
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XXVI.
Les premières neiges
Novembre 2025On ouvre les volets, et l'on s'arrête une seconde.
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XXV.
Les dimanches après quatre heures
Octobre 2025Quatre heures sonnent au clocher voisin. Le café qu'on a fini de boire refroidit dans la tasse.
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XXIV.
Le mois d'août dans les villes
Septembre 2025Le boulanger a baissé son rideau de fer, sur lequel un papier annonce un retour à la fin du mois.
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XXIII.
Les fins d'après-midi de novembre
Septembre 2025À quatre heures et demie, la lumière a déjà commencé de tomber.
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XXII.
Les marchés du dimanche matin
Août 2025À huit heures, les tréteaux sont à peine montés.
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XXI.
Les chambres d'hôtel modestes
Août 2025Un lit étroit, un édredon trop épais, une lampe de chevet dont l'ampoule clignote au début.
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XX.
Les vérandas
Juillet 2025Derrière la salle à manger, prolongée sur le jardin par trois pans vitrés, la véranda capte toute la lumière du sud.
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XIX.
Les vestibules
Juin 2025Une banquette étroite, un porte-parapluie en cuivre, une console au-dessus de laquelle pend un miroir.
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XVIII.
Les jardins publics en hiver
Mai 2025Les allées de gravier sont mouillées, les bancs vides, les massifs taillés ras.
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XVII.
Les ponts métalliques
Avril 2025Quand on s'engage sur le tablier, les semelles produisent un bruit sourd : ce léger creux que rend une plaque de tôle posée sur le vide.
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XVI.
Les bibliothèques municipales
Avril 2025Une salle au plafond bas, des rayonnages de bois sombre, une moquette qui étouffe le bruit des pas.
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XV.
Les cours intérieures
Mars 2025On franchit la porte cochère, on traverse un couloir sombre, et l'on débouche brusquement dans un carré de lumière où poussent deux platanes.
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XIV.
Les escaliers de service
Février 2025Derrière la cuisine, une porte étroite ouvre sur un escalier raide, peint d'un gris triste.
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XIII.
Les gares de campagne
Janvier 2025Un petit bâtiment à un étage, au crépi jauni, dont les volets de bois clos donnent à penser que personne, en réalité, n'y habite plus.
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XII.
Les miroirs piqués
Décembre 2024Le miroir, au fond du couloir, est constellé de petites taches noires.
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XI.
Les chaises dépareillées
Novembre 2024Autour de la table, six chaises, dont aucune n'appartient au même service.
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X.
Les enveloppes vides
Octobre 2024Au fond d'un classeur dorment quelques enveloppes ouvertes dont on a retiré la lettre depuis longtemps.
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IX.
Les boîtes en fer-blanc
Septembre 2024Sur le buffet de la cuisine, une boîte en fer peinte annonce encore, en lettres pâlies, le nom d'un thé qu'on ne vend plus.
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VIII.
Les horloges arrêtées
Juin 2024Dans la salle d'attente, l'horloge marque trois heures dix depuis sans doute plusieurs années.
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VII.
Les lampes basses
Mai 2024On éteint le plafonnier, on allume la lampe de table : la pièce se rétrécit aussitôt à la dimension d'un cercle de lumière chaude.
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VI.
Les crayons taillés
Avril 2024Une demi-douzaine de crayons fraîchement taillés, posés en éventail sur la table : il y a là un plaisir de tableau hollandais.
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V.
La valise au-dessus de l'armoire
Mars 2024Elle repose là-haut, posée sur le chant, recouverte d'une fine couche de poussière qu'on ne voit qu'en levant la chaise.
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IV.
Les carnets jamais remplis
Février 2024Sur une étagère, alignés comme une petite troupe inutile, attendent les carnets commencés.
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III.
Les vieilles clés
Janvier 2024Au fond d'un tiroir, dans une coupelle de faïence, dorment cinq ou six clés que plus aucune porte ne reconnaît.