Colonne
XLIV.

L'ennui des dimanches d'enfance

Mai 2026

Trois heures de l'après-midi, le salon plongé dans une demi-pénombre que les volets entrouverts laissaient durer toute la journée. Un grand-père dormait dans son fauteuil. Une horloge battait, plus lente qu'en semaine. On avait fini d'inventer ce qu'il y avait à inventer : il restait l'ennui pur, et l'on s'asseyait par terre, sans rien à faire.

Cet ennui-là, on l'a maudit à l'époque. On le tenait pour le pire des temps morts, une perte sèche. On en sait, à distance, davantage. C'était, peut-être, le seul moment de la semaine où l'esprit, faute d'occupation, partait en exploration silencieuse de lui-même. On regardait une tache au plafond et l'on construisait, autour, des pays entiers.


Les dimanches d'enfance avaient une couleur précise, qu'aucun autre jour n'a jamais retrouvée. Le gris doux du salon, le jaune fatigué du parquet, le vert de la nappe : ces couleurs sont restées intactes, déposées au fond de la mémoire, parce que rien d'urgent ne les avait alors recouvertes.

On a passé l'âge. On se réjouit, à présent, des dimanches occupés. Mais il arrive, parfois, qu'un dimanche de pluie nous ramène cette texture-là, cet ennui poreux, presque doux. On s'y laisse glisser deux minutes. On y reconnaît, à l'odeur, l'enfant qu'on a été.