Colonne
CXVII.

Les greniers

Octobre 2028

On tire la trappe au plafond. L'échelle se déplie d'un mouvement sec. Une bouffée d'air sec, chargé de poussière et de chaleur stockée, descend dans le couloir. On monte. La tête émerge dans une autre pièce de la maison qu'on avait presque oubliée.

Le grenier garde tout ce que la maison n'a pas eu le courage de jeter. Une vieille machine à coudre, deux malles en cuir, un manteau d'un parent mort, des cartons qu'on n'a pas ouverts depuis le dernier déménagement. C'est l'inconscient de la maison : ce qu'elle a refoulé en haut pour pouvoir continuer à vivre en bas.


On monte rarement. C'est, dans la maison, le seul lieu où la lumière vient d'en haut, par la lucarne piquée d'oiseaux. La poussière danse dans le rayon. Le bois des poutres travaille sous la chaleur. Les bruits ordinaires de la maison — la radio, l'eau qui coule, une voix — montent assourdis par le plancher, comme des bruits venus d'un autre étage de la mémoire.

On redescend, en général, avec un objet — un livre, une lampe, parfois rien. La trappe se referme. La maison reprend, en dessous, sa cadence habituelle. Le grenier, lui, retourne à son sommeil. Il attendra qu'on ait à nouveau besoin de quelque chose qu'on n'a pas envie d'acheter.