Colonne
XXXVII.

Attendre sur un quai

Mars 2026

Le train arrive dans onze minutes. On a posé son sac contre le pilier, on regarde la voie filer en deux lignes parallèles vers l'autre bout de la gare. Au loin, sous la grande halle, un autre train s'ébranle dans un soupir. Le vent, sur le quai, n'a pas de direction précise.

Sur un quai, le temps n'a plus tout à fait la même consistance. Les minutes y passent plus lentement qu'au bureau, plus vite qu'à la maison. On n'est nulle part, et l'on est déjà un peu en mouvement. C'est un état particulier, qu'on retrouve à chaque voyage avec une légère surprise — comme on retrouve, en montant en barque, l'instabilité oubliée d'un appui mobile.


On regarde les autres voyageurs. Une femme, casque sur les oreilles, tape du pied au rythme d'une musique qu'elle est seule à entendre. Un homme âgé, debout très droit, surveille le tableau d'affichage avec une concentration qui paraît disproportionnée. Personne ne se parle. On forme, ensemble, un peuple éphémère qui se défera dans cinq minutes.

Le train entre en gare. Les portes s'ouvrent. On monte. Le quai, qu'on aura habité pendant onze minutes, redevient ce qu'il était avant nous : un long couloir de béton, indifférent, prêt à accueillir d'autres minutes, d'autres quasi-rencontres, d'autres petits peuples passagers.