On s'aperçoit, en arrivant à la cuisine, qu'on a, depuis le couloir, gardé serré dans la main gauche le morceau de papier qu'on avait pris sur la commode. Une enveloppe, peut-être. Une liste. On ne sait plus. Le papier est froissé d'avoir été tenu trop longtemps sans qu'on le décide.
La main tient mieux que la tête. Pendant qu'on traverse une pièce, qu'on monte un escalier, qu'on répond à quelqu'un, elle continue, à elle seule, à garder l'objet qu'on lui a confié. Au bout du chemin, on le retrouve. Parfois, on s'étonne — on jurerait l'avoir posé. Elle, non.
Il existe ainsi, dans une journée, une demi-douzaine d'objets que les mains transportent sans nous prévenir. Un crayon, un trousseau, une clé, une petite cuillère. On finit par les retrouver dans des endroits où ils n'ont rien à faire — la clé dans la poche du tablier, la cuillère sur le rebord de la fenêtre du couloir.
On dépose enfin le papier, à la cuisine, à côté du sel. On le lira plus tard. La main s'ouvre, vidée, et ne paraît même pas se rendre compte de ce qu'elle vient de transporter.