On rentre chez soi, on vide les poches sur la commode. Parmi les pièces et le ticket de bus, un petit stylo bille blanc, sans marque, qui ne nous appartient pas. On l'a pris machinalement au comptoir d'un café, ou sur la table d'un ami, et la main s'en est saisie comme du sien.
Ces petits emprunts involontaires sont, dans une vie, plus nombreux qu'on ne croit. Un crayon glissé dans la poche d'un manteau pendant qu'on signait un papier. Un livre, posé sur le canapé d'un autre, qu'on a glissé dans son sac en partant. Une serviette de salle de bain rapportée d'un hôtel. Aucun de ces objets n'avait, à l'origine, vocation à nous suivre.
On les regarde, en les retrouvant, avec une légère gêne. Pas la honte du voleur — l'autre n'a probablement même pas remarqué la disparition. Plutôt l'inquiétude de ne pas s'être surveillé, d'avoir laissé la main faire à part soi. Le stylo blanc, sur la commode, accuse en silence.
On finit par l'utiliser. Au bout de quelques jours, il a pris le pli des autres. On a oublié qu'on l'avait pris à quelqu'un. Le jour où il sera vide, on le jettera sans hésiter — il sera devenu, à force d'usage, totalement nôtre.