Colonne
CXLV.

Suspendre du linge

Octobre 2029

Le panier de linge mouillé, lourd, posé près du fil. On en sort, l'un après l'autre, les vêtements, qu'on secoue d'un mouvement sec avant de pincer. Les pinces à linge sont en bois, certaines en plastique de couleur. On choisit la pince selon le vêtement : les délicates pour les petites pièces, les solides pour les draps.

Suspendre du linge dehors est un geste qui se perd. Beaucoup, à présent, sèchent à la machine. Le linge tendu au soleil tient pourtant, par-dessus la commodité, des qualités que la machine ne donne pas. Une odeur d'air, une fraîcheur qui ne se simule pas, une tenue particulière du tissu qui a été redressé par le vent plutôt que séché par la chaleur.


On marche, dans certaines rues d'autrefois, sous des cordes tendues d'un balcon à l'autre, sur lesquelles séchaient des draps. On y entendait les claquements du linge dans le vent. C'était un quartier entier qui paraissait pavoisé, et le bruit du tissu remplaçait, par à-coups, le bruit des voitures.

On termine en suspendant deux ou trois mouchoirs qui ne sécheront, eux, qu'en une demi-heure. Le panier est vide ; le fil, plein. Au bout de quatre ou cinq heures, on viendra chercher la première chemise, qu'on rentrera contre son visage : l'odeur, dans le creux du coton, est l'une des plus fidèles présences de la maison.