Le panier de linge mouillé, lourd, posé près du fil. On en sort, l'un après l'autre, les vêtements, qu'on secoue d'un mouvement sec avant de pincer. Les pinces à linge sont en bois, certaines en plastique de couleur. On choisit la pince selon le vêtement : les délicates pour les petites pièces, les solides pour les draps.
Suspendre du linge dehors est un geste qui se perd. Beaucoup, à présent, sèchent à la machine. Le linge tendu au soleil tient pourtant, par-dessus la commodité, des qualités que la machine ne donne pas. Une odeur d'air, une fraîcheur qui ne se simule pas, une tenue particulière du tissu qui a été redressé par le vent plutôt que séché par la chaleur.
On marche, dans certaines rues d'autrefois, sous des cordes tendues d'un balcon à l'autre, sur lesquelles séchaient des draps. On y entendait les claquements du linge dans le vent. C'était un quartier entier qui paraissait pavoisé, et le bruit du tissu remplaçait, par à-coups, le bruit des voitures.
On termine en suspendant deux ou trois mouchoirs qui ne sécheront, eux, qu'en une demi-heure. Le panier est vide ; le fil, plein. Au bout de quatre ou cinq heures, on viendra chercher la première chemise, qu'on rentrera contre son visage : l'odeur, dans le creux du coton, est l'une des plus fidèles présences de la maison.