Trois heures du matin, un homme en gilet gris assis derrière le comptoir, sous une lampe d'architecte. Devant lui, un livre, une thermos, un cahier ouvert. La pendule au-dessus de la porte avance sans bruit. La rue, derrière la baie vitrée, reste immobile, à part une voiture toutes les vingt minutes.
On entre, à cette heure, avec une fatigue qui flotte. Il lève les yeux sans surprise — il a vu passer mille arrivées tardives, on n'est qu'une de plus. Il sort la fiche, demande la signature, tend la clé. Pas un mot superflu. Il sait qu'à cette heure, les mots pèsent davantage : on en use moins.
Le veilleur des petits hôtels appartient à un métier à part, à mi-chemin entre la garde et la patience. Il connaît les bruits que fait l'immeuble la nuit : la canalisation du troisième, le ronflement du chauffage à quatre heures, le pas du client de la 12 qui ne dort jamais. Il les écoute sans s'inquiéter. C'est sa façon de tenir compagnie à la maison.
Au matin, il passera la main à la patronne qui descend en bâillant. Il aura, dans le cahier, noté trois choses : une arrivée à deux heures vingt, un appel pour la 7, le bouton du couloir grillé. Il rentrera dormir dans une rue déjà bruyante. Le petit hôtel, lui, continue, comme si rien d'inhabituel n'était jamais arrivé.