Colonne
IX.

Les boîtes en fer-blanc

Septembre 2024

Sur le buffet de la cuisine, une boîte en fer peinte annonce encore, en lettres pâlies, le nom d'un thé qu'on ne vend plus. Le couvercle s'ouvre avec un bruit sec, légèrement métallique. À l'intérieur, le thé a depuis longtemps cédé la place à des trombones, des piles, deux ou trois timbres.

Les boîtes en fer-blanc survivent à ce qu'elles contenaient. On les garde parce qu'elles ferment bien, parce qu'elles ont une couleur précise — vert, rouge passé, jaune d'œuf — et parce que le couvercle, quand on le manipule, conserve le geste d'autrefois. On range dedans ce qui ne mérite pas son propre rangement.


Chaque boîte finit par devenir l'archive de petits objets dont on n'aurait jamais pensé qu'ils auraient une archive. Un bouton détaché d'un manteau d'hiver. Une vis dont on a oublié à quel meuble elle appartient. Un dé à coudre. On ouvre, on regarde, on referme. Rien n'est utilisé ; rien n'est jeté.

Elles forment, ces boîtes, un musée minuscule, étalé dans toute la maison : les objets que l'on n'utilise pas mais qu'on ne se résigne pas à perdre. C'est, peut-être, la définition même d'une vie qu'on a tenue : l'addition lente de ce que l'on a refusé de jeter.