Colonne
CXXVI.

Le jour le plus long

Février 2029

À dix heures du soir, le ciel garde encore une lumière bleue qui refuse de s'éteindre. Les enfants, qui auraient dû être au lit depuis une heure, jouent encore dehors. Une fenêtre voisine est restée ouverte : on entend une conversation, des rires, le tintement d'un verre.

Le solstice d'été est l'envers exact du solstice d'hiver, et pourtant on le célèbre, lui, presque partout. On fait du bruit, on allume des feux, on danse dans les rues. Comme si la longueur du jour exigeait, à elle seule, qu'on lui rende quelque chose en retour. La nuit, ce soir, sera courte. Personne ne s'en plaint.


Dans les pays où l'été est avare, ce jour est presque sacré. Plus haut sur le nord, on ne dort pas : le soleil ne descend pas vraiment. À cinq heures du matin, il est déjà revenu sur l'autre versant. La nuit ne sera, cette nuit-là, qu'une simple inflexion bleutée de la journée.

Chez nous, c'est moins spectaculaire. On gagne, par rapport à la moyenne, une heure et demie. Mais cette heure et demie, étalée sur une seule soirée, suffit à transformer la journée en une fête. On rentre tard, à pied. La lumière, en s'éteignant tout à fait, laisse derrière elle un sentiment d'avoir été, ce jour-là, particulièrement vivant.