Colonne
XXVI.

Les premières neiges

Novembre 2025

On ouvre les volets, et l'on s'arrête une seconde. La cour, le toit du voisin, la branche du noyer : tout est recouvert d'une mince couche blanche que personne n'avait annoncée. La lumière, dans la pièce, est plus pâle qu'à l'ordinaire, comme passée à travers un linge.

La première neige a toujours quelque chose d'un peu cérémoniel. On reste à la fenêtre un instant, on appelle quelqu'un pour qu'il vienne voir, on parle moins fort. Le silence du dehors, particulier — étouffé, comme remboursé — gagne l'intérieur. Les sons habituels du matin paraissent diminués d'un cran.


On sort, par curiosité. Les pas marquent le tapis intact, et l'on se sent presque coupable d'y laisser une trace. Quelques flocons tombent encore, à la verticale, sans hâte. Au coin de la rue, un enfant tend la langue. Une voisine, balai à la main, hésite à commencer.

L'après-midi, la neige aura sans doute fondu en partie, salie sur les trottoirs. Mais la version du matin, celle qu'on aura été parmi les premiers à voir, restera intacte quelque part — non pas dehors, où plus rien ne demeure, mais à l'intérieur, déposée comme une image au fond d'un tiroir.