Colonne
XXIII.

Les fins d'après-midi de novembre

Septembre 2025

À quatre heures et demie, la lumière a déjà commencé de tomber. Le ciel passe du gris au bleu profond sans qu'on s'en aperçoive ; les fenêtres des immeubles s'allument une à une, comme des signaux. Dans la rue, un passant marche plus vite qu'à midi, le col relevé. Une voiture allume ses phares trop tôt, par prudence.

Novembre fait la nuit à l'avance. On rentre chez soi avant que l'on ait fini sa journée. Cette précipitation involontaire change l'humeur de la ville : tout y devient plus intime, plus rapproché. Les commerces ferment tôt, les terrasses sont vides, le pas résonne d'une autre manière.


On allume, à l'intérieur, la lampe de salon. Le contraste avec le dehors est immédiat : l'extérieur recule, devient un fond bleu nuit, presque un papier peint. La pièce, par comparaison, s'éclaire d'une chaleur exagérée. C'est cet écart qui fait, à cette saison, le prix d'un intérieur.

On reste là, sans rien faire de précis, à regarder la fenêtre. Dehors, on devine la silhouette d'un voisin qui rentre, le sac plein. À cette heure-là, en novembre, on n'a plus rien à prouver à la journée. Elle s'est achevée d'elle-même, sans qu'on lui demande son avis.