On remplit la bouilloire à moitié, on la pose sur le feu. On sort la théière, on rince à l'eau chaude, on jette. On mesure deux cuillerées de thé dans la boule, on referme. Tout cela tient en moins de deux minutes, et pourtant, ces deux minutes-là valent souvent davantage que la tasse qui en sortira.
Préparer du thé est l'un des gestes les plus rassurants qu'on puisse encore faire chez soi. Il est précis sans être minutieux. Il a sa durée propre, qu'aucune presse ne réduit. Pendant que l'eau chauffe, on n'a rien à faire ; on se tient debout dans la cuisine, on regarde par la fenêtre, on attend.
L'eau frémit, puis bouillonne. On verse, lentement, le filet sur les feuilles. On respire la vapeur qui monte d'un coup. On replace le couvercle. On regarde l'horloge — quatre minutes. Quatre minutes pendant lesquelles, à nouveau, on n'a rien à faire d'autre qu'à attendre.
On verse enfin dans la tasse. La couleur est exacte. On porte à ses lèvres, on boit la première gorgée debout, près du plan de travail. C'est presque toujours la meilleure. Les suivantes seront prises assis, plus distraitement ; mais celle-là, par le silence qu'elle aura demandé, restera dans la mémoire de la journée comme un point d'équilibre.