Colonne
CXVI.

La chambre du fond

Octobre 2028

Au bout du couloir, la dernière porte. On l'ouvre rarement. Derrière, un lit fait, deux oreillers gonflés en vain, une commode où traînent un peu de poussière et un cintre de bois. Le rideau est tiré aux trois quarts. La pièce attend quelqu'un qui ne vient pas souvent.

Toute maison un peu ancienne a sa chambre du fond. C'est la chambre des invités, celle des cousins de passage, celle de l'enfant qui a quitté la maison mais qu'on continue de loger les week-ends. Elle n'est pas habitée. Elle est, dans la maison, comme une réserve d'hospitalité qu'on tient prête au cas où.


On y entre, de temps en temps, pour vérifier que tout va bien : aérer, changer l'eau du vase, ouvrir un instant la fenêtre. La pièce a une odeur à elle, plus fraîche que celle du salon, parce qu'elle vit moins. Les bruits y arrivent étouffés, par le bout du couloir. On parle, dedans, plus bas qu'ailleurs.

Quand un invité s'y installe pour deux nuits, la chambre change d'âme. Un livre apparaît sur la table de chevet, une valise s'ouvre sur le lit, des chaussures se rangent au pied du fauteuil. Trois jours plus tard, l'invité repart. La chambre redevient elle-même. Elle aura, brièvement, été utile.