Un hall bas, six comptoirs d'enregistrement, dont deux ouverts. Une cafétéria au fond, déserte à cette heure. Trois employés en gilet fluorescent traversent le hall sans hâte. Sur le tableau d'affichage, quatre vols par jour : c'est la programmation entière.
Les aéroports de province ont gardé une humanité que les grands ont perdue. On y reconnaît les visages — l'hôtesse qui sera à votre comptoir vous a vu hier, et vous reverra dans deux mois. Le contrôle de sécurité prend trois minutes. On garde son manteau, on ne déchausse pas. Les passagers se saluent presque, comme on se salue à un arrêt de car.
L'avion, à quai, paraît un peu trop grand pour ce hall modeste. Un employé pousse la passerelle à la main. Les bagages partent sur un seul tapis. On embarque par l'arrière : le tarmac, sous les semelles, garde, à neuf heures du matin, l'humidité froide d'une piste de campagne.
Le décollage, vu depuis le hublot, donne sur des champs et un bois. La province, en bas, ressemble à une carte d'école — soigneusement quadrillée, un peu jaunie au bord. Cinq minutes plus tard, on a déjà perdu l'aéroport. Il continue, sans nous, son petit roulement de cinq vols, comme il l'aura fait hier, comme il le fera demain.