Colonne
CXVIII.

Les caves

Novembre 2028

On descend les six marches de pierre. L'ampoule du couloir, qu'on a allumée en passant, ne suffit pas tout à fait. Les murs sont en moellons humides. On reconnaît, sous la voûte, l'odeur indéfinissable des caves — pierre froide, terre, un peu de moisissure, une trace de vin.

Si le grenier est l'inconscient sec d'une maison, la cave en est l'inconscient humide. On y stocke ce que la chaleur abîmerait — les conserves, les bouteilles, les outils qui craignent moins le froid. La température, été comme hiver, y reste autour de douze degrés. Un climat constant que peu de pièces, dans la maison, savent tenir.


On y descend pour chercher une bouteille pour le dîner, un pot de confiture, le marteau qu'on a rangé là pour ne plus le perdre. On reste rarement. La cave n'est pas faite pour qu'on s'y attarde : elle est faite pour qu'on y prenne ce qui y dort et qu'on remonte sans bruit.

Quand on referme la porte derrière soi, on entend l'écho très bref de son pas dans l'escalier. La cave reprend son silence absolu, dans lequel le vin vieillit, où les conserves attendent l'hiver, où l'humidité fait son travail patient sur les murs. On ne pensera plus à elle avant une semaine ; elle, n'aura pensé à rien.