Colonne
XXXII.

Marcher sans but

Janvier 2026

On sort de chez soi sans plan précis. On tourne à droite parce que la rue à gauche est trop droite. On suit, plus loin, la pente d'un trottoir, la courbe d'une avenue, l'envie soudaine de voir si telle boutique existe encore. Au bout d'une demi-heure, on ne sait plus très bien où l'on est, et c'est exactement ce qu'on cherchait.

La marche utile a sa raison : aller chercher du pain, rejoindre un ami, prendre un train. La marche sans but a une autre dignité. Elle ne sert à rien et ne prétend pas servir. On y avance, simplement, pour le plaisir de remettre le corps en mouvement dans une ville qui ne demande rien.


Il y a, dans la marche sans but, une attention particulière qui se réveille. Faute de devoir trouver une adresse, on regarde mieux les façades, les enseignes, les visages. On remarque un nom de rue qu'on n'avait jamais lu, un détail au-dessus d'un porche, le ton précis du crépi d'un immeuble. La ville devient plus longue et plus dense.

On rentre par hasard, parce que le pied commence à peser ou parce qu'une fatigue heureuse s'installe. On retrouve sa porte sans très bien savoir par quel chemin. On a passé une heure et demie dehors, et l'on n'a rien à raconter. Cette absence d'histoire est, justement, l'histoire qu'il fallait.