On a posé les valises dans la maison louée. On a ouvert tous les volets. On a vérifié que la lumière fonctionnait dans chaque pièce. À présent, on est assis sur le canapé du salon, et l'on ne sait plus très bien quoi faire. La journée, devant nous, est large.
Le premier jour des vacances ressemble à un seuil. On a quitté le pays connu, on n'est pas encore tout à fait dans le pays vacant. Pendant quelques heures, on flotte entre les deux. Le corps réclame encore les habitudes qu'il vient de quitter. On consulte sa montre à la même heure qu'à la maison ; on se demande ce qu'on a oublié de faire.
On finit par sortir. On marche jusqu'à la boulangerie du village, dont on apprend, sans étonnement, qu'elle est fermée le mardi. Tant pis. On rentre par un autre chemin. Une porte cochère, une terrasse vide, une chapelle dont la porte est fermée à clé. La ville se laisse regarder lentement, parce qu'on a le temps.
Le soir, à la cuisine, on prépare un repas modeste avec ce qu'on a trouvé d'ouvert. On mange au salon, près de la fenêtre. À dix heures, on a déjà oublié qu'on a, ce matin, fermé la porte de chez soi. Les vacances ont commencé ; demain matin, le corps les aura tout à fait acceptées.