Un voisin, dans l'escalier, me dit qu'il a vu, par hasard, un texte que j'avais écrit. Il cherche ses mots. Il aurait voulu, je le sens, dire quelque chose de juste ; il finit par dire que ça l'a surpris, qu'il ne s'attendait pas, que ce n'était pas mal écrit. Il sourit, embarrassé. Je le remercie d'une phrase un peu plate.
Les compliments maladroits valent souvent davantage que les compliments bien tournés. Celui qui a appris à formuler un éloge en deux phrases élégantes s'écoute parler. Celui qui n'a pas les mots, lui, met dans son embarras la marque qu'il pense vraiment ce qu'il essaye de dire. Le bafouillage est, à sa manière, une preuve.
On reconnaît, dans cette gêne, quelqu'un qui n'avait pas prévu de complimenter. Il était venu pour la lettre du syndic ou pour la fuite d'eau du troisième. Le sujet s'est introduit malgré lui. Il aurait préféré ne rien dire ; il a senti, sans doute, qu'il devait dire ; il a dit, mal.
Le compliment retombe au pied de l'escalier. Personne, désormais, n'en parlera plus. Mais en remontant chez moi, je m'aperçois que je l'ai mieux entendu que beaucoup d'éloges plus articulés. Le voisin n'en saura jamais rien.