On remplit le petit arrosoir en zinc au robinet de la cuisine. On l'emporte dans le salon. Le ficus de l'angle, le philodendron du buffet, le pot d'herbes aromatiques de la fenêtre : trois ou quatre stations, jamais plus. On verse lentement, en faisant le tour de chaque pot, jusqu'à voir l'eau passer par le fond.
Arroser les plantes est une tâche dont l'inutilité apparente fait tout le prix. Elle ne produit rien d'immédiat. La plante, dans la minute qui suit, n'aura pas l'air d'avoir changé. Il faudra une semaine, parfois deux, pour qu'on s'aperçoive — à la nouvelle feuille, à une couleur ravivée — que l'arrosage a eu lieu.
On apprend, en arrosant, à connaître la sécheresse de chaque plante. Celle du buffet veut beaucoup d'eau, celle de la fenêtre presque pas, celle du salon supporte qu'on l'oublie une semaine. Le doigt, enfoncé d'un centimètre dans la terre, sait. C'est, en sourdine, un long apprentissage qu'aucun manuel n'enseignerait avec autant de précision.
On repose l'arrosoir dans le coin de la cuisine. Les plantes, qu'on a soignées, ne diront pas merci. C'est très bien ainsi. Les soins qui ne demandent aucun retour ont une qualité que les autres n'ont jamais.