La camionnette jaune s'arrête au bord du chemin, deux roues sur le bas-côté herbeux. Le facteur descend, son sac à l'épaule. Il connaît la boîte par cœur — celle qui ferme mal, celle dont le couvercle pince les doigts, celle où il faut glisser le courrier de biais pour qu'il ne s'envole pas au vent.
Une tournée de campagne ressemble à une visite. Chaque maison appelle un petit ajustement : ici, on dépose le paquet sur le pas de la porte ; là, on klaxonne pour prévenir la dame âgée ; plus loin, le chien est connu, on lui parle. Le courrier, à la campagne, n'est jamais seulement du papier transporté : c'est un passage humain qui se trouve déguisé en obligation administrative.
Il connaît mieux que personne l'état des chemins, les pannes électriques de la veille, qui s'est cassé la jambe, qui est rentré du fils en Allemagne. Il ne raconte rien. Il transmet, parfois, en deux phrases, ce qu'il faut transmettre, puis remonte dans sa camionnette. Quand le moteur démarre, les chiens du voisin reconnaissent le bruit et ne lèvent pas la tête.
Vers midi, il a terminé sa boucle. Il s'arrête devant la dernière ferme, où la patronne lui sert un café qu'il n'a pas eu à demander. Ils parlent du temps, qui sera lourd. Il repart. La camionnette jaune disparaît derrière la haie, et la campagne retrouve son silence, légèrement plus complet qu'avant son passage.