L'oreiller n'a pas la forme du sien. Le drap est plus rugueux. Le radiateur, dans cette chambre étrangère, émet à intervalles un cliquetis qu'on ne reconnaît pas. On se tourne d'un côté, puis de l'autre. Au dehors, une rue qu'on n'a pas appris à reconnaître reste éveillée plus tard qu'on ne s'y attendait.
Dormir loin de chez soi est un apprentissage qu'on refait à chaque fois. Le corps, qui croyait avoir compris où il s'endormait, s'aperçoit qu'il s'est trompé. Il doit, en quelques minutes, négocier avec une lumière inconnue, une humidité différente, un grincement nouveau. Le sommeil, qui à la maison venait sans qu'on l'invite, ici se fait prier.
Et pourtant, lorsqu'il vient, ce sommeil-là a une autre saveur. Au réveil, l'instant d'avant la pleine conscience, on se demande où l'on est. Cette seconde d'incertitude, qu'on n'a jamais à la maison, est un petit événement à elle seule. Elle remet à neuf la chambre, la ville, la journée.
On se lève. On ouvre les volets. On découvre, en pleine lumière, un paysage que l'obscurité, la veille, n'avait laissé qu'entrevoir. C'est, peut-être, la raison la plus juste qu'on ait de dormir loin : se réveiller, une fois encore, dans un endroit que l'on n'a pas encore eu le temps de prendre pour acquis.