Le train ne ralentit pas. Le quai, vu de l'intérieur du wagon, file en une bande grise. On a juste le temps de lire le nom écrit en lettres bleues, parfois pas même. Une silhouette debout, une lampe qui s'allume au-dessus du panneau, et déjà la gare est derrière nous.
Ces gares-là, on les croise par centaines au long d'un trajet, et l'on n'en garde rien. Elles sont les inconnues de la ligne. Quelqu'un, dans le wagon, vit dans la ville dont elles portent le nom ; pour lui, elles désignent un centre, un quotidien, une géographie précise. Pour nous, elles ne désignent qu'une vitesse.
Il arrive qu'un nom, lu trop vite, accroche pourtant l'attention. On le retient sans savoir pourquoi. On se promet d'y descendre un jour, simplement pour voir à quoi ressemble cette ville dont on n'a vu, jusqu'à présent, qu'une plaque émaillée. On ne le fait pas. La promesse, à elle seule, suffit : elle préserve la possibilité.
À l'arrivée, on sortira dans une grande gare qui, elle, n'aura rien d'une inconnue. Mais on emportera, vaguement, la mémoire de ces villes traversées sans s'arrêter, et qui, sans le savoir, auront garni le voyage de leur existence brève.