Sur le bas-côté d'une départementale, une voiture s'est rangée. Le moteur tourne encore. Quelqu'un, à l'intérieur, ne fait rien — il regarde par le pare-brise un paysage qui ne demande pas d'être regardé. C'est un champ. C'est une haie. C'est le ciel.
On croise, en roulant, ces voitures arrêtées sans raison apparente. Le conducteur ne consulte pas une carte ; il ne change pas un pneu ; il n'attend personne. Il fait, simplement, halte. Quelque chose, en cours de route, lui a demandé de s'arrêter cinq minutes.
On a tous, à un moment ou à un autre, été cette voiture-là. On roulait. On s'est rabattu sans préméditation, on a coupé le moteur, on est resté. La route, depuis l'extérieur de la voiture, n'a plus la même tête. Le silence, après l'autoradio, est presque physique.
Cinq minutes plus tard, on redémarre. On reprend la route au point où on l'avait laissée. Personne ne saura jamais qu'on s'est arrêté ; et l'on ne saurait pas, soi-même, dire pour quelle raison précise on l'aura fait. C'est, peut-être, l'un des rares gestes qui restent vraiment privés dans le déroulement d'une journée.