Quelqu'un, deux ans plus tôt, a fait une chose qui m'avait blessé. Il ne l'a, depuis, jamais évoquée. Je ne l'ai jamais évoquée non plus. Nous nous voyons, de temps en temps. Les conversations sont normales, courtoises, sans aucune allusion. La blessure, sans qu'aucun mot ne l'ait reconnue, a fini par se refermer.
Le pardon explicite a sa noblesse ; il a aussi son poids. Il oblige à reparler de la chose, à la nommer, à la donner deux ou trois minutes la dignité d'une scène. Le pardon silencieux, lui, évite ce passage. Il décide, sans rien dire à personne, que la chose n'aura plus d'effet — et il en assure l'application par l'action de tous les jours qui suivent.
Cela demande qu'on accepte que l'autre, peut-être, ne saura jamais qu'il a été pardonné. Il continuera de croire, à demi, qu'on lui en veut. Il ne posera pas la question, par crainte de la réponse. La situation, à l'extérieur, ressemblera longtemps à un refroidissement durable, alors qu'à l'intérieur elle a depuis longtemps trouvé son repos.
Tant pis. Le pardon n'a pas besoin d'être reçu pour avoir lieu. Il se tient, à l'intérieur d'un seul des deux, sans rien réclamer à l'autre. C'est, peut-être, ce qui en fait, à la longue, la forme la plus durable.