Quatre étages, sans ascenseur, dans un vieil immeuble parisien. La marche douce des premières années est devenue, sans qu'on s'en aperçoive, une marche soignée. On compte, à présent, les paliers. À chacun, on pose la main sur la rampe, on prend une respiration, on continue.
L'escalier qu'on connaît par cœur est, à un certain âge, l'un des compagnons les plus fidèles. Il ne change pas. Ses craquements sont les mêmes qu'il y a vingt ans, au même endroit. La fenêtre, au troisième, donne toujours sur la même cour. On y arrive un peu plus lent qu'avant, et pourtant rassuré : l'escalier, lui, ne fatigue pas.
On monte plus lentement. C'est moins une perte qu'une nouvelle attention. À ce rythme, on remarque des choses qu'on n'avait jamais vues — la couleur précise de la peinture, plus brune qu'on ne le croyait ; la trace d'une vieille étiquette sur une porte, qu'aucun coup d'œil pressé n'aurait relevée ; le filet de lumière qui passe sous la porte de la voisine à dix heures du soir.
Arrivé en haut, on pose la clé sur le pas de la porte, le temps de souffler. La porte attend. L'escalier, en bas, redescend dans la pénombre, à disposition de celui qui voudra le prendre après nous. On reste, encore une seconde, dans le calme de l'avant-dernière marche.