Colonne
CXXIX.

Le dernier jour des vacances

Mars 2029

Le sac est déjà à demi fait. La maison louée a perdu, en deux heures, l'apparence qu'elle avait prise. Les livres qu'on avait étalés sont empilés. Le placard de la cuisine, qu'on avait rempli, est presque vide. Les chambres sont retournées à leur neutralité d'origine.

On fait, ce dernier jour, ce qu'on aurait dû faire en premier — la visite au point de vue qu'on avait promise, la promenade dans le quartier qu'on n'avait pas exploré, l'achat du livre qu'on regardait dans la vitrine. On rattrape, en huit heures, ce qu'on n'a pas su prendre en deux semaines.


Cette précipitation a sa douceur. Elle nous montre, en l'inversant, le luxe des jours précédents : on aurait pu, en réalité, ne rien faire de tout cela, et le séjour aurait eu la même valeur. Les dernières heures s'agitent par politesse pour le lieu qu'on quitte, pour ne pas paraître l'avoir négligé.

Le soir, la valise fermée près de la porte, on s'assied une dernière fois sur la terrasse. La nuit tombe sur les toits qu'on s'est habitué à reconnaître. Demain matin, on partira tôt. Cette terrasse, qui aura été à nous pendant quinze jours, redeviendra l'inconnue qu'elle était au premier matin ; elle attendra les suivants sans amertume.