On entend, dans une rue, derrière une porte cochère, une voix qui ressemble. Le timbre, l'inflexion, la cadence. On se retourne. On sait, bien sûr, que ce n'est pas elle ; elle est morte il y a dix ans. Mais pendant deux secondes, le corps a hésité : il a cru.
La voix d'un disparu survit moins longtemps que son visage. On la perd plus vite. Les enregistrements, lorsqu'on en a, restituent quelque chose qui n'est pas tout à fait elle : la voix vivante n'est pas seulement un son, c'est une voix qui répondait, qui changeait de débit, qui se taisait au bon moment. Sans cette réactivité, l'enregistrement n'est plus qu'une trace mince.
Pourtant, elle revient parfois — dans un rêve, dans une rue, dans la voix d'un cousin qui en a hérité quelques notes. Et là, pendant l'espace d'une seconde, c'est elle. Le corps reconnaît, avant la tête. C'est un cadeau bref, qu'aucune autre époque n'avait su offrir.
Je me dis, parfois, qu'on devrait enregistrer plus souvent les gens qu'on aime — pas pour les filmer, pour les entendre simplement. Quelques minutes d'eux en train de parler de rien, dans la cuisine, dans la voiture, au téléphone. Ces fragments, plus tard, vaudraient toutes les photos. La voix, c'est ce qui résiste le moins, et c'est ce qui nous manque le plus.