Colonne
CXLVI.

Fermer les volets

Octobre 2029

Le soir, vers sept heures en hiver, on fait le tour des fenêtres. On pousse les volets à deux mains, on rabat la barre métallique qui les maintient. Le clappement est doux, mat : c'est le bruit que fait la maison quand elle se ferme.

Fermer les volets est l'un des gestes les plus anciens de la vie domestique. Il sépare la maison du monde, pour douze heures. Il dit à la rue : nous voilà rentrés, nous ne sortirons plus. Le geste, fait soir après soir, finit par avoir une régularité de prière.


Les pièces, à l'intérieur, changent aussitôt. La lampe, allumée, n'a plus l'éclat dilué qu'elle avait quand la fenêtre était ouverte sur le crépuscule. Elle prend toute la place. La pièce se rétrécit autour d'elle. On se sent, d'un coup, plus à l'abri qu'à toute autre heure de la journée.

Au matin, on rouvrira. Les volets, débrouillés, laisseront entrer la lumière neuve. Ce sera le geste inverse, qui ouvre la maison au jour. Entre les deux, la nuit se sera passée à l'abri, comme on dormait il y a deux cents ans, à l'abri de ce même bois peint que personne, alors, n'avait songé à remplacer.