Un rai de soleil tombe en biais dans la pièce, par la fente d'un volet, et révèle d'un coup une foule de particules en suspension. On ne savait pas que l'air en contenait tant. Elles dansent, ralenties par leur propre légèreté, dans un mouvement qui paraît sans cause.
La poussière, le reste du temps, ne se voit pas. Elle est partout, et l'on vit avec elle sans soupçon. Il aura fallu, pour la révéler, qu'un rayon de lumière vienne, par hasard, prendre cet angle précis. C'est l'une des plus simples leçons de la physique domestique : ce qui existe n'apparaît que par un accident de regard.
On s'asseoit, malgré soi, devant ce rai. On souffle doucement : le nuage s'accélère, tourbillonne, se réorganise. On reste là quelques minutes à faire cette expérience d'enfant. Personne ne nous regarde ; cela n'a aucune importance.
Plus tard, le soleil aura tourné. Le rai aura disparu de la pièce. La poussière, elle, sera toujours là, redevenue invisible. On reprendra son livre, sa lettre, son travail. On n'aura rien appris ; on aura, simplement, été admis pour cinq minutes à la part secrète de la maison.