Colonne
CVIII.

L'odeur de l'automne

Août 2028

On sort, un matin, et l'odeur est là. Bois mouillé, feuilles qui fermentent, fumée lointaine d'un feu de jardin, terre fraîche. Elle n'était pas là hier. Elle s'est installée pendant la nuit, comme un meuble qu'on découvre à la place du précédent.

Cette odeur, on la connaît depuis l'enfance. Elle n'a pas changé d'un détail. Aucune autre saison n'a une odeur aussi précise : l'été sent dix choses différentes selon les régions ; le printemps, encore plus. L'automne, lui, est partout le même. C'est, sans doute, le seul climat olfactif que toute la France partage à la même heure.


On respire deux fois, profondément, en sortant de la maison. On reste un instant sur le pas de la porte. Le ciel est plus bas qu'hier. Une feuille tombe, on la suit du regard. Personne n'a, ce matin, rien à faire d'urgent.

L'odeur durera quelques semaines, puis elle s'estompera dans le froid plus sec de l'hiver. On la regrettera. On la guettera, l'an prochain, sans se souvenir exactement de la date où elle apparaît. Elle viendra, un matin, sans avertir, et l'on reconnaîtra à nouveau, dans l'instant, l'année qu'elle ouvre.