Colonne
CIX.

Le ciel de janvier

Août 2028

Le ciel de janvier a la couleur du zinc fatigué. Pas de bleu, pas même un peu d'argent. Une nappe basse, uniforme, qui pèse sur les toits et qu'aucun vent ne chasse. La lumière qu'elle laisse passer est si avare qu'à trois heures de l'après-midi, on a déjà l'impression d'être au crépuscule.

C'est un ciel qui n'engage à rien. Il ne promet pas de pluie, il ne promet pas de soleil. Il s'installe pour la journée, et il faudra faire avec lui. Les rares jours où il consent à s'entrouvrir, on lève la tête comme on saluerait un visiteur rare. Le bleu, à travers la fente, paraît d'une intensité presque indécente.


Les peintres du Nord ont peint ce ciel mieux que personne. Ils en connaissaient les nuances, qui sont nombreuses sous l'apparente uniformité. Un janvier maritime n'a pas le même gris qu'un janvier continental. Le premier garde un peu d'humidité chaude ; le second a une sécheresse austère qui rappelle la cendre.

On finit, en janvier, par s'habituer à ce ciel. Il devient un fond, comme un mur trop souvent vu. C'est seulement vers la fin du mois qu'on s'aperçoit, brusquement, qu'on n'a plus vu d'ombre depuis longtemps : tout, dehors, baigne dans la même lumière diffuse, sans contraste, qui rend les choses également vraies.