Sept heures, l'agenda ne porte aucune mention. Personne n'attend nulle part. Le téléphone est silencieux. On reste, debout devant la fenêtre, à regarder la rue qui s'allume. La soirée, désencombrée, s'étire devant soi comme une page non écrite.
Ces soirées-là, on les a longtemps craintes. On les croyait des soirées creuses, à remplir en hâte avec n'importe quoi : un film, un coup de fil, un dîner improvisé chez un voisin. Avec le temps, on a compris qu'elles avaient leur propre densité, à condition d'accepter de ne rien y faire de tranchant.
On dîne tôt, parce qu'on n'a pas faim et que c'est l'heure tout de même. On débarrasse lentement. On range un tiroir qu'on n'avait jamais rangé. On reprend un livre commencé l'été dernier. À aucun moment on ne consulte la pendule ; la pendule n'a, ce soir, rien à dire.
Vers onze heures, on s'aperçoit qu'on a passé la soirée à ne presque rien faire, et que rien ne manque. Demain matin, ces heures auront laissé un sillage léger et net, comme celui d'une promenade dont on ne saurait plus dire l'itinéraire mais qui aurait, pourtant, été la bonne.