Colonne
CLX.

Les bijoux qu'on ne porte plus

Avril 2030

Dans la boîte en bois marquetée, au fond du tiroir de la commode, une dizaine de chaînes mêlées dont aucune ne se trouve facile à démêler. Trois bagues qui ne vont plus au doigt qu'elles avaient. Une broche en argent terni, à l'épingle un peu tordue. Un médaillon ovale dont l'ouverture est rouillée.

On ne les porte plus, ces bijoux. Certains ne s'ouvrent même plus. D'autres, on les a passés une fois ou deux, et l'on a senti qu'ils n'étaient pas pour soi — trop voyants, trop datés, trop liés à quelqu'un. On a refermé la boîte. On l'a remise au fond du tiroir.


Pourtant, on n'en jette aucun. La valeur marchande importe peu : la plupart ne valent presque rien. C'est qu'un bijou, plus que tout autre objet, garde l'empreinte d'un corps précis. La chaîne a porté un cou particulier. La bague a marqué une articulation singulière. La broche s'est piquée à un tissu qui n'existe plus.

On rouvre la boîte, parfois, on touche du bout du doigt la chaîne. On la laisse retomber. On referme. La boîte attendra encore. À sa manière silencieuse, elle continue de nous accompagner, sans réclamer rien d'autre qu'un peu d'espace au fond d'un tiroir.