Dans la boîte en bois marquetée, au fond du tiroir de la commode, une dizaine de chaînes mêlées dont aucune ne se trouve facile à démêler. Trois bagues qui ne vont plus au doigt qu'elles avaient. Une broche en argent terni, à l'épingle un peu tordue. Un médaillon ovale dont l'ouverture est rouillée.
On ne les porte plus, ces bijoux. Certains ne s'ouvrent même plus. D'autres, on les a passés une fois ou deux, et l'on a senti qu'ils n'étaient pas pour soi — trop voyants, trop datés, trop liés à quelqu'un. On a refermé la boîte. On l'a remise au fond du tiroir.
Pourtant, on n'en jette aucun. La valeur marchande importe peu : la plupart ne valent presque rien. C'est qu'un bijou, plus que tout autre objet, garde l'empreinte d'un corps précis. La chaîne a porté un cou particulier. La bague a marqué une articulation singulière. La broche s'est piquée à un tissu qui n'existe plus.
On rouvre la boîte, parfois, on touche du bout du doigt la chaîne. On la laisse retomber. On referme. La boîte attendra encore. À sa manière silencieuse, elle continue de nous accompagner, sans réclamer rien d'autre qu'un peu d'espace au fond d'un tiroir.