Le voyage du retour ne ressemble pas à celui de l'aller. On a, dans le sac, deux ou trois objets qu'on n'avait pas en partant. On a, dans la tête, des heures qu'on doit caser dans un récit qu'on fera bientôt. Le train file ; on regarde par la fenêtre, on ne voit pas grand-chose, on pense à autre chose.
Rentrer chez soi en train tient à la fois du retour et du sas. On n'est plus là-bas. On n'est pas encore ici. Pendant trois heures, on flotte entre les deux. Cette flottaison sert à digérer, à se réorganiser, à laisser ce qu'on vient de vivre prendre la place qui lui revient avant de retrouver les routines.
À mesure qu'on approche, les paysages deviennent familiers. Une colline, un clocher, un pylône : on reconnaît. Le wagon, qui semblait vaste au départ, se rétrécit à l'image de la ville d'arrivée. On replie le manteau, on rapproche le sac. On compte les arrêts qui restent.
La gare, à l'arrivée, paraît plus petite qu'à l'aller. On descend, on traverse le quai. On retrouve, dehors, la lumière particulière de chez soi — qu'on n'avait pas remarquée jusque-là, et qu'aucune autre ville n'a tout à fait. C'est ainsi qu'on sait, à l'instant, qu'on est rentré.