Trois heures de l'après-midi, on pousse la porte de l'église. La rue, derrière, écrase de chaleur : ici, dans la nef, on a perdu d'un coup huit degrés. La paume posée à plat sur la colonne sent la pierre tenir, sous la chaleur du dehors, un froid souterrain. C'est presque physique, ce passage.
La pierre des vieux édifices garde, en été, un climat à elle. Elle ne suit pas le temps qu'il fait ; elle suit le temps lent des saisons qui se sont accumulées dans ses murs. Pour qu'elle réchauffe vraiment, il faudrait trois mois de canicule ; pour qu'elle refroidisse, autant d'hiver. On entre là comme on entrerait dans une grotte : avec un soulagement immédiat, qui n'est pas seulement thermique.
Les paysans, autrefois, le savaient. À midi, on rentrait dans la maison aux murs épais, on fermait les volets, on attendait. À cinq heures, on ressortait. Les nouvelles maisons, plus minces, plus claires, ne tiennent pas ce rôle : elles chauffent à la même cadence que l'air, et leurs habitants n'ont, pour se protéger, qu'un mécanisme qui ronronne dans un coin.
Dans l'église, on s'assied une minute sur un banc, on regarde les vitraux. Quand on ressort, la chaleur est encore là, intacte. On a, sur la peau, gardé un peu de la fraîcheur de la pierre. Elle disparaîtra dans la rue suivante.