Une bûche bien placée tient deux heures sans qu'on s'en occupe. On la pose en biais sur les braises, on attise une fois avec le tisonnier, on referme la grille. Le feu reprend, dans un crépitement d'abord faible, puis plus large. La pièce, devant la cheminée, gagne d'un coup deux degrés.
Tenir un feu est un travail qui ne ressemble à aucun autre. Il demande, à intervalles inégaux, qu'on s'en occupe : deux minutes ici, cinq minutes là, parfois une demi-heure d'oubli. Le feu ne pardonne pas trop l'inattention ; il ne pardonne pas non plus la sur-attention. Il faut trouver, avec lui, un rythme qui le respecte sans l'étouffer.
On reste, parfois, simplement à le regarder. Ce n'est pas du temps perdu. Le feu, sans qu'aucune méthode ne l'explique, tient une place que la lampe n'a jamais su prendre. Il chauffe et il occupe à la fois. On peut, devant lui, rester immobile pendant une heure sans s'ennuyer une seconde.
Vers minuit, on prépare le feu pour la nuit. Une dernière bûche, posée à l'arrière, un peu de cendre tirée pour la couvrir à demi. Demain matin, en se levant, on trouvera des braises encore rouges sous la couche grise — et il suffira d'un papier, d'un petit morceau de bois sec, pour que tout reparte.