Colonne
CLXXVI.

Le moment où l'on accepte d'être en retard

Novembre 2030

On avait calculé vingt-cinq minutes pour faire le trajet. Au bout de quinze, il devient clair qu'on en mettra quarante. On regarde la montre une dernière fois. On range le téléphone. La tension du retard cède d'un coup, comme un ressort qui aurait fini sa course.

Cette bascule a sa propre douceur. Tant qu'on a cru pouvoir rattraper, on a marché plus vite, on a respiré plus court, on a maudit les feux. À partir du moment où le retard est admis, la marche reprend une cadence normale. On regarde, à nouveau, ce qu'on traverse.


L'autre, à l'arrivée, sera, à coup sûr, déjà là. On présentera ses excuses. La rencontre commencera avec, par-dessus, une légère couche d'embarras qui s'effacera dans le quart d'heure suivant. On n'aura, en fin de compte, gagné qu'une chose à courir : dix minutes plus essoufflées.

Mieux vaut, lorsque le retard est inévitable, l'accepter tôt. La marche, alors, redevient possible. On peut même s'arrêter une seconde devant une vitrine, choisir une rue plus longue mais plus jolie. On arrivera en retard de toute façon ; autant arriver en retard et présent.