Elle repose là-haut, posée sur le chant, recouverte d'une fine couche de poussière qu'on ne voit qu'en levant la chaise. Les coins sont renforcés de métal ; les coutures de la poignée ont noirci. Quand on la descend, on s'aperçoit qu'elle pèse, à vide, plus qu'on ne se le rappelait.
Une valise vide n'est jamais tout à fait vide. Elle conserve, dans sa doublure, l'odeur composite des hôtels traversés, des chambres louées, de la pluie séchée sur un quai. On ouvre les fermoirs, on regarde à l'intérieur : rien. Et pourtant ce rien parle. Il dit une succession de gares, des bagages qu'on a posés au pied du lit, des matins où l'on s'est demandé, l'espace d'une seconde, dans quelle ville on se réveillait.
On la laisse là, en haut de l'armoire, parce qu'on n'imagine pas s'en défaire ; et l'on n'imagine pas davantage l'utiliser. Les voyages qu'elle accompagnerait ne sont plus les mêmes que ceux qu'elle a connus. Elle appartient à une époque où l'on emportait moins de choses et plus longtemps.
Il arrive qu'on monte sur la chaise, simplement pour la voir. On vérifie qu'elle est toujours là. On redescend. C'est, à sa manière, une forme de fidélité.