Colonne
L.

La lenteur retrouvée

Mai 2026

On marche, ce matin, plus lentement qu'on n'a marché toute la semaine. Aucun rendez-vous ne tire vers l'avant. On suit le pas le plus naturel du corps : celui qu'on aurait à dix ans, ou à quatre-vingts. Le pavé défile sous les semelles sans hâte. On entend, mieux qu'à l'ordinaire, le bruit qu'on fait soi-même.

La lenteur ne se décide pas en bloc. Elle revient par fragments, à la faveur d'un dimanche, d'une heure creuse, d'un quart d'heure entre deux occupations. On la croit d'abord perdue ; elle attendait, simplement, qu'on lui laisse une fenêtre. Dès qu'elle a un peu de place, elle reprend son rang.


Ce qu'on retrouve avec elle n'est pas un autre rythme : c'est un autre rapport aux choses. On regarde plus longtemps, on parle moins, on remet à demain ce qui peut l'être. On découvre que beaucoup de tâches dites urgentes ne l'étaient pas tout à fait. On découvre, surtout, que certaines minutes ont un poids que la vitesse ne reconnaît jamais.

Il ne s'agit pas de faire l'éloge d'une époque révolue. La lenteur n'a jamais cessé d'être disponible : c'est nous qui, certains jours, ne savons plus où la prendre. Il suffit, ce matin, de marcher un peu plus doucement vers le bout de la rue. Le reste viendra de soi.