Colonne
XXII.

Les marchés du dimanche matin

Août 2025

À huit heures, les tréteaux sont à peine montés. Un maraîcher déplie une bâche, un fromager dispose ses meules sur un lit de paille, deux femmes installent des bottes de radis à la régulière. La lumière, à cette heure-là, est encore basse : elle traverse les cageots et fait briller la peau humide des tomates.

À neuf heures, le marché s'éveille tout à fait. On y croise les habitués qui saluent par leur prénom le boucher, le poissonnier, la dame aux herbes. Les sacs s'alourdissent peu à peu : les courses du dimanche ont leur poids propre, qu'on accepte sans rechigner.


On vient là moins pour acheter que pour reconnaître. Reconnaître la saison à la couleur des étals, reconnaître les visages d'une semaine sur l'autre, reconnaître son propre pas dans une allée qu'on parcourt depuis dix ans. Le marché est l'horloge la plus juste de la ville : il dit, sans s'expliquer, où en est l'année.

À midi, tout se range. Les tréteaux disparaissent, les bâches sont pliées, la place reprend l'apparence d'une place ordinaire. Sur le pavé, quelques feuilles de salade écrasées témoignent encore. Avant le soir, la pluie ou les balayeurs auront tout effacé ; il faudra attendre dimanche prochain.