Un mur peint en blanc, sans rien dessus, dans la chambre du fond. Quatre mètres sur trois, ni cadre, ni étagère, ni interrupteur. Une porte à droite, une plinthe en bas. Rien d'autre. La lumière, à dix heures du matin, l'éclaire d'une nappe égale.
On n'accroche rien à ce mur. On en a, depuis longtemps, l'intention : y mettre une gravure, une photographie, peut-être un calendrier. À chaque fois, on renonce. Le mur, comme tel, satisfait quelque chose en soi qu'aucun objet n'arriverait à compléter.
Un mur blanc bien orienté tient lieu de tableau. Au cours d'une journée, la lumière s'y déplace, dessine des angles, fait monter une couleur tirant vers l'ocre à six heures du soir. Aucune œuvre suspendue n'aurait ce rythme. L'objet accroché fige une image ; le mur, lui, en présente une nouvelle toutes les deux heures.
Les pièces qu'on aime le mieux, à la longue, sont celles qui en gardent un. Pas tous les murs — un seul suffit. Il offre, dans l'épaisseur de la maison, une respiration que les murs occupés ne savent plus donner.