Colonne
CLXVI.

Les murs blancs

Juillet 2030

Un mur peint en blanc, sans rien dessus, dans la chambre du fond. Quatre mètres sur trois, ni cadre, ni étagère, ni interrupteur. Une porte à droite, une plinthe en bas. Rien d'autre. La lumière, à dix heures du matin, l'éclaire d'une nappe égale.

On n'accroche rien à ce mur. On en a, depuis longtemps, l'intention : y mettre une gravure, une photographie, peut-être un calendrier. À chaque fois, on renonce. Le mur, comme tel, satisfait quelque chose en soi qu'aucun objet n'arriverait à compléter.


Un mur blanc bien orienté tient lieu de tableau. Au cours d'une journée, la lumière s'y déplace, dessine des angles, fait monter une couleur tirant vers l'ocre à six heures du soir. Aucune œuvre suspendue n'aurait ce rythme. L'objet accroché fige une image ; le mur, lui, en présente une nouvelle toutes les deux heures.

Les pièces qu'on aime le mieux, à la longue, sont celles qui en gardent un. Pas tous les murs — un seul suffit. Il offre, dans l'épaisseur de la maison, une respiration que les murs occupés ne savent plus donner.