Le sac est dans le coffre. La maison louée a été nettoyée, les volets rabattus, la clé déposée sur la table de l'entrée comme convenu. On reste un instant sur le seuil, la poignée encore en main, à vérifier qu'on n'oublie rien.
On n'oublie rien d'important. Et pourtant, en tirant la porte, on sait qu'on laisse, malgré tout, beaucoup de choses. La marque du verre, sur la table de la cuisine, à l'endroit où on l'a posé chaque matin. Le creux léger, dans le coussin de l'angle du canapé, où l'on a lu pendant trois semaines. La poussière qu'on n'a pas vue derrière le placard.
Ces traces-là ne nous appartiennent pas tout à fait. Elles passeront, dans la semaine, sous le balai du prochain. Le verre cessera d'avoir sa place, le coussin se redressera, la poussière trouvera son aspirateur. Personne ne saura, parmi ceux qui viendront, qu'on a habité là — sauf, peut-être, le creux du coussin, qui mettra une demi-journée à oublier.
On descend les marches. La voiture démarre au premier tour. On prend, au coin, la route qui mène à la grand-route. La maison, dans le rétroviseur, devient déjà petite. Quelqu'un, à l'intérieur, a laissé une fenêtre du couloir entrouverte — on s'en aperçoit trop tard pour redescendre. Tant pis. La fenêtre claquera, ce soir, dans le vent du nord-est qu'on annonçait.