Onze heures du matin, la cuisine porte encore les traces. Des verres à demi pleins sur le plan de travail, une assiette oubliée sous la table, des serviettes en papier roulées en boule. L'odeur du vin tiède et du fromage qui s'est laissé hier soir. Le silence, après le bruit d'hier, paraît démesuré.
Le lendemain d'une fête est un jour à part. On ne se hâte de rien. Le ménage qu'il faudrait faire pèse plus lourd qu'il ne devrait, et l'on retarde le moment de s'y mettre. On boit un café debout, devant l'évier, en regardant le désordre comme on regarderait le sillage d'un bateau.
Les conversations d'hier reviennent par fragments. Une phrase entendue à la fin de la soirée, qu'on n'avait pas prise au sérieux, et qui prend, ce matin, une importance qu'on n'avait pas devinée. Un visage croisé qu'on n'avait jamais vu, et qu'on aimerait revoir. Le lendemain trie ce que la fête n'avait pas eu le temps de classer.
On finit, vers midi, par s'attaquer aux verres. Un par un, on les rince, on les essuie, on les range. La cuisine, peu à peu, redevient elle-même. Le soir, il n'en restera rien ; il restera, dans la mémoire, quelques visages, deux ou trois phrases, et le goût bizarrement net du café bu seul ce matin.