Quelques gouttes d'abord, espacées, puis un crépitement plus serré sur la tôle de la lucarne. Le ciel, qu'on devine à peine depuis le lit, a basculé pendant la nuit. La gouttière, au-dessus de la fenêtre, prend son rôle : on entend l'eau qui dévale, qui s'engouffre, qui chante.
Le bruit de la pluie sur les toits est l'un des plus anciens compagnons de l'insomnie heureuse. Il ne demande rien, il ne raconte rien, il ne console pas : il occupe. Sous lui, la maison se rassemble. Les pièces deviennent plus chaudes ; la rue, plus lointaine. On se sent abrité au sens fort du mot, comme si l'on prenait conscience pour la première fois que la maison était précisément faite pour ces moments.
On reste sous la couverture quelques minutes de plus qu'il ne faudrait. On écoute. La pluie change de rythme — elle accélère, elle s'apaise, elle reprend. Sur les toits anciens, elle a un son grave, mat, qui ressemble au tambour assourdi d'une marche lente. Sur les toits de zinc, plus aigu, plus égal.
Le jour viendra, la pluie cessera ou continuera, ce sera son affaire. Pour l'instant, on est admis à ce concert que personne n'a réglé. C'est un cadeau qu'on n'a pas demandé, qu'on n'aurait pas su demander, et qu'on aura, ce matin, simplement reçu.