Trois tulipes rouges, un peu d'eucalyptus pour le contraste. La fleuriste les compose en cône, enveloppe l'ensemble dans du papier kraft. Elle demande si c'est pour offrir. On dit non, c'est pour la maison. Elle sourit, sans surprise, et noue la ficelle.
Acheter des fleurs pour personne d'autre que soi est l'un des gestes les plus modestes qu'on puisse faire pour rendre la semaine habitable. Trois fleurs ne coûtent presque rien. Elles tiennent six jours sur la commode du salon, changent de l'eau aux ciseaux, font sourire en passant. C'est un travail de bonheur disproportionné par rapport à la dépense.
On rentre, on cherche le vase qu'on a depuis trop longtemps. On coupe les tiges en biais, on dispose. Le bouquet, dans le vase, ne ressemble pas tout à fait à celui qu'on portait dans la rue. Il a, sur la commode, l'air d'avoir été là depuis toujours.
Personne ne viendra ce soir. Personne ne les verra. C'est précisément le but. Les fleurs achetées pour soi disent une chose très précise qu'aucun cadeau d'autrui ne sait dire : que la maison, à ce moment-là, méritait qu'on lui marque un peu d'égard, pour rien.