Colonne
LXXX.

Acheter un seul croissant

Juillet 2027

Devant la boulangerie, on hésite. Deux suffiraient pour le petit-déjeuner. Mais ce matin, on en veut un seul. La vendeuse incline la tête.

— Juste un, s'il vous plaît.

Elle sort le croissant avec une pince, le glisse dans un petit sac de papier qui n'est presque pas plus grand que lui. On paie quatre-vingt-quinze centimes. On sort. Le sac, tiède, tient dans le creux de la main.


Acheter un seul croissant est un geste plus précis qu'on ne croit. Il dit qu'on ne se prépare pas un copieux petit-déjeuner familial, qu'on ne reçoit personne, qu'on s'offre, au lieu de cela, un seul plaisir bien défini. Le sac de papier sait porter ce croissant unique sans le froisser. La boulangère, sans rien dire, l'a compris.

Sur le chemin du retour, on en mange déjà un coin, debout sur le trottoir. Le reste, on le pose à côté de la tasse en arrivant chez soi. Il aura tenu, du comptoir à la cuisine, à peine cinq minutes — et ces cinq minutes-là, par leur exactitude, auront mieux ouvert la journée qu'aucun programme.