Colonne
XVIII.

Les jardins publics en hiver

Mai 2025

Les allées de gravier sont mouillées, les bancs vides, les massifs taillés ras. Un jardinier en bleu de travail ratisse, sans hâte, des feuilles qui reviendront demain. Les arbres, dépouillés, montrent enfin la structure de leurs branches, qu'on ne voit jamais en juillet. Le ciel, à travers, paraît plus large.

L'été, les jardins publics appartiennent à tout le monde et à personne. L'hiver, ils retrouvent une autre clientèle : les promeneurs solitaires, les retraités courageux, les enfants en bonnet rouge qui courent dix minutes avant qu'on les ramène. Le jardin, dépeuplé, prend une dimension qu'il n'avait pas. On marche au milieu de l'allée plutôt qu'au bord. On respire mieux.


Certaines statues, qu'on remarque à peine en juin parce que la végétation les protège, ressortent en hiver comme des évidences. Une déesse de marbre, le bras tendu, posée sur un socle taché de mousse ; un buste d'homme à favoris, dont personne ne sait plus qui c'était. Le froid les rend solennelles, comme si elles attendaient enfin qu'on les regarde.

On fait son tour. On revient par la même allée. Le jardinier, qu'on a salué à l'aller, lève à peine la tête au retour. On franchit la grille, on entend, derrière soi, le crissement de son râteau qui reprend. C'est, dans la ville d'hiver, l'un des bruits les plus apaisants qu'on connaisse.