Colonne
XX.

Les vérandas

Juillet 2025

Derrière la salle à manger, prolongée sur le jardin par trois pans vitrés, la véranda capte toute la lumière du sud. Une table en rotin, deux fauteuils dépareillés, une plante en pot qu'on n'arrose pas assez. Le plancher de bois craque sous le pas. Il y fait chaud l'après-midi, frais le matin ; on s'y déplace selon l'heure.

La véranda est une pièce indécise, à mi-chemin entre la maison et le dehors. On y mange en été, on y range les outils du jardin l'hiver, on y dépose les manteaux mouillés quand il a plu fort. Elle accepte tout. Sa fonction change avec la saison, sans qu'elle proteste jamais.


On y entre comme on irait s'asseoir au seuil. Les vitres encadrent un coin de jardin : le coin du noyer, le coin du portillon, le coin où le chat se couche au soleil. Ce cadrage très précis donne au jardin une valeur de tableau ; on regarde dehors comme on regarderait une scène qu'on n'a pas peinte mais qu'on connaît par cœur.

Le soir, lorsque l'on rentre dans la maison principale, on referme la porte vitrée derrière soi. La véranda reste éclairée encore un instant par le couchant. Demain, en se levant, on la traversera de nouveau, et l'on s'y attardera, pour rien, un quart d'heure.