Le 21 décembre, à quatre heures et quart, on allume déjà la lampe du salon. Le ciel, par la fenêtre, est d'un gris qui se laisse manger par la nuit avec une rapidité presque tangible. Il n'a pas plu ; il n'a pas fait de soleil. La journée a été d'une brièveté sans drame.
Le solstice d'hiver passe d'ordinaire inaperçu. Les calendriers ne l'annoncent qu'en petits caractères. Aucune cérémonie ne l'accompagne. Et pourtant, c'est l'un des seuls jours où le ciel, à lui seul, raconte quelque chose au pays : à partir de demain, la lumière reviendra, par fractions infimes, indécelables jusqu'à la mi-janvier.
On le passe, en général, comme un jour ordinaire. On travaille, on dîne, on lit. C'est seulement le soir, en éteignant, qu'on se rappelle ce qu'il était. On pense, alors, à tous ceux qui, depuis trois mille ans, ont marqué cette date avec plus d'attention que nous — par des feux, par des veilles, par des prières.
Demain, en se levant, on ne verra rien de changé. La journée sera, à la minute près, la même. Mais la mécanique aura basculé ; quelque part dans la longueur du jour, une seconde gagnée. Ce que nous fêtions jadis, nous ne le fêtons plus. La date, elle, reste fidèle.